Albert Camus POEME SUR LA MEDITERRANEE – UMBERTO SABA – ULISSE

Comment mieux terminer cette année “poésie” en 50 poèmes, sans lire un poème d’Albert Camus paru en inédit dans la pléiade de 1965 :

  POEME SUR LA MEDITERRANEE

                                            I

                  Au vide regard des vitres, le matin rit

De toutes ses dents qu’il a bleues et brillantes,

                 Jaunes, vertes et rouges ; aux balcons se bercent les rideaux.

Des jeunes filles au bras nus étendent du linge.

                 Un homme, sur une fenêtre, la lunette à la main.

                 Matin clair aux émaux de la mer

                 Perle latine aux liliales lueurs :

                 Méditerranée.

                                         II

Midi sur la mer immobile et chaleureuse

M’accepte sans cris : un silence et un sourire.

          Esprit latin, Antiquité, un voile de pudeur sur le cri torturé !

Vie latine qui connaît ses limites,

Rassurant passé, oh ! Méditerranée !

Encore sur tes bords des voix triomphent qui se sont tues,

         Mais qui affirment parce qu’elles t’ont niée !

         Enorme et si légère,

Tu assures et satisfais et murmures l’éternité de tes minutes,

     Oh ! Méditerranée ! et le miracle de ton histoire

         Tu l’enfermes tout entier

Dans l’explosion de ton sourire.

          Inaliénable vierge, à chaque heure son être se conçoit dans des êtres        déjà  faits.

          Sa vie renaît en nos douleurs.

Elle s’envole ! et de quelles cendres – en lumineux phénix !

           Méditerranée ! ton monde est à notre mesure,

L’homme à l’arbre s’unit et en eux l’Univers se joue la comédie

           En travesti du Nombre d’Or

De l’immense simplicité sans heurts jaillit la plénitude,

           Oh ! nature qui ne fais pas de bonds !

De l’olivier du Mantouan, de la brebis à son berger,

Rien que l’innombrable communion de l’immobilité.

Virgile enlace l’arbre, Mélibée mène paître.

                                  Méditerranée !

Blond berceau bleu où balance la certitude,

Si près, oh ! Si près de nos mains,

Que nos yeux l’ont caressé et nos doigts l’ont délaissé.

                                             III

Au soir qui vient, la veste sur l’épaule, il tient la porte ouverte –

Léché des reflets de la flamme, l’homme entre en son bonheur et se dissout dans l’ombre.

Ainsi ces hommes rentreront en cette terre, sûrs d’être prolongés,

            Epuisés plutôt que lassés du bonheur d’avoir su.

Aux cimetières marins, il n’est qu’éternité.

Là, l’infini se lasse aux funèbres fuseaux.

La terre latine ne tremble pas.

Et comme le tison détonant tournoie dans le masque immobile d’un cercle, Indifférente, l’inaccessible ivresse de la lumière paraît.

           Mais à ses fils, cette terre ouvre les bras et fait sa chair de leur chair,

Et ceux-ci, saturés, se gorgent de la secrète saveur de cette transformation – lentement la savourent à raison qu’ils la découvrent.

                                              IV

         Et bientôt, encore et après, les dents, les dents bleues et brillantes. Lumière ! Lumière ! c’est en elle que l’homme s’achève.

Poussière de soleil, étincellement d’armes,

        Essentiel principe des corps et de l’esprit,

En toi les mondes se polissent et s’humanisent,

En toi nous nous rendons et nos douleurs s’élèvent –

        Pressante Antiquité

Méditerranée, oh ! mer Méditerranée !

Seuls, nus, sans secrets, tes fils attendent la mort.

La mort te les rendra, purs, enfin.

Albert Camus – 1933

http://www.bonheurdelire.com/2015/12/lire-de-la-poesie-de-a-a-z-50-50-camus-poete.html

ALBERT CAMUS – MEDITERRANEO

Nel vuoto sguardo dei vetri, ride il mattino

Con tutti i suoi denti azzurri e scintillanti,

Gialli, verdi e rossi, ai balconi si cullano le tende.

Ragazze dalle braccia nude stendono panni.

Un uomo; dietro una finestra, il binocolo in mano.

Mattino chiaro dagli smalti marini,

Perla latina dalle liliali lucentezze:

Mediterraneo.

II°

(…)

Rassicurante passato, oh, Mediterraneo!

Sulle tue rive ancora voci trionfano che si son taciute,

ma che affermano poiché ti hanno negato!

(…)

Mediterraneo! E’ fatto per noi il tuo mondo,

l’ uomo si unisce all’ albero e in essi l’ Universo

recita camuffato

La commedia della Sezione Aurea.

Dall’ immensa semplicità senza scosse

Scaturisca la pienezza,

Oh natura che non conosci salti!

Dall’ ulivo al Mantovano, dalla pecora al pastore,

nient’ altro che l’ indicibile comunione dell’ immobilità.

Virgilio intreccia i rami, Melibeo conduce a pascolare.

Mediterraneo!

III°

Alla sera che sopraggiunge, la giacca in spalla

Egli apre la porta –

Lambito dai riflessi della fiamma, l’ uomo attraversa la sua

Felicità e si dissolve nell’ ombra.

Così gli uomini torneranno su questa terra, sicuri

D’ essere perpetuati.

Più esausti che infastiditi di aver saputo.

Nei cimiteri marini sola è l’ eternità.

Là, l’ infinito s’ affatica ai funebri fusi.

Non trema la terra latina.

E come il tizzone dissonante volteggia

Nell’ apparenza immobile d’un cerchio,

Indifferente, l’ inaccessibile ebbrezza della luce appare.

Ma ai suoi figli, questa terra  apre le braccia e fa sua

La loro carne,

Pregni, questi si sbramano del sapore segreto

Della trasformazione – lentamente l’ assaporano

A mano a mano che la scoprono

IV°

E presto, ancora e dopo, i denti, i denti

Azzurri e scintillanti.

Luce! Luce! È in lei che l’ uomo si compie.

Polvere di sole, scintillio d’ armi,

Essenziale principio dei corpi e dello spirito,

In te i mondi s’ affinano e si umanizzano,

In te noi ci rendiamo e i nostri dolori si elevano.

Incombente antichità

Mediterraneo, oh, mar Mediterrane!

Soli, nudi, privi di segreti, i tuoi figli attendono la morte.

La morte te li renderà, puri, finalmente puri.

UMBERTO SABA – ULISSE

Nella mia giovinezza ho navigato
lungo le coste dalmate. Isolotti
a fior d’onda emergevano, ove raro
un uccello sostava, scivolosi al sole
belli come smeraldi. Quando l’alta
marea e la notte li annullava, vele
sottovento sbandavano più al largo,
per fuggirne l’insidia. Oggi il mio regno
è quella terra di nessuno. Il porto
accende ad altri i suoi lumi; ma al largo
sospinge ancora il non domato spirito,
e della vita il doloroso amore.

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Bons baisers de Krasnoïarsk, Russie – Une seule guerre, la guerre de classe by libcom.org

Bons baisers de Krasnoïarsk, Russie – Une seule guerre, la guerre de classe

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Blesk
Jul 12 2018 16:57

Salutations de l’Union Prolétarienne Internationale aux participants de la 56ème Assemblée internationale contre la guerre.
Source en russe : https://vk.com/club74128436?w=wall-74128436_1027

Cette année, le 5 août, se tiendra au Japon la 56ème Assemblée internationale contre la guerre.
L’Union Prolétarienne Internationale a adressé une salutation internationale aux participants de l’Assemblée.

Salutations de l’Union Prolétarienne Internationale aux participants de la 56ème Assemblée internationale contre la guerre.

Chers participants de la 56ème Assemblée internationale contre la guerre, chers camarades japonais et tous les camarades du monde entier !
L’Union Prolétarienne Internationale de la ville de Krasnoïarsk (Russie) vous envoie ses salutations fraternelles et internationales !

La crise économique exacerbe les affrontements entre États, petits et grands, pour l’acquisition de nouveaux marchés, pour le contrôle des zones dans lesquelles on trouve des matières premières, nécessaires à la reproduction du capital et à l’acquisition de positions fortes en vue de la troisième guerre mondiale, vers laquelle le capitalisme mène ces États. Les grandes puissances impérialistes se mobilisent avec une rapidité et une détermination alarmantes. Face à la perspective d’un massacre imminent dans le monde, nous nous adressons aux travailleurs du monde entier.

Aujourd’hui, il y a une confrontation inter-impérialiste mondiale croissante avec la menace d’une nouvelle guerre mondiale. La cause de cette crise croissante, c’est le système capitaliste dans son ensemble, et donc le but des prolétaires de tous les pays doit être le renversement du capitalisme dans chaque pays et dans le monde entier. Qu’importe qui initie les conflits militaires !

Si cette société de consommation cruelle ne mène qu’à la guerre, à la destruction de tout et de tous afin de préserver le système socio-économique capitaliste qui l’a engendrée, alors nous devons déclarer la guerre à la guerre et combattre le capitalisme pour un ordre mondial qui n’a pas besoin d’exploitation, de crises, de guerres et de millions de victimes, pour la survie d’un petit groupe international d’oligarques.

Seul un processus révolutionnaire dans le monde entier peut arrêter une nouvelle guerre mondiale et détruire simultanément le système économique qui le soutient. Fondamentalement différente, l’organisation socialiste de la production et de la distribution de la richesse sociale peut être une garantie que cette barbarie ne sera pas répétée périodiquement avec une ponctualité tragique. La seule véritable façon de lutter efficacement contre la troisième guerre mondiale ne peut être que le renversement révolutionnaire du capitalisme par le prolétariat mondial organisé.
C’est pourquoi, profitant de cette occasion, nous faisons appel à tous les participants de la 56ème Assemblée internationale contre la guerre et à tous les prolétaires conscients de notre planète.

Camarades, dans notre lutte commune, aucune alliance avec la bourgeoisie nationale n’est acceptable au nom de la défense de « l’indépendance », de « la démocratie », de « la paix », etc.

Tout mouvement « patriotique » s’avère inévitablement être sous le contrôle de l’un ou l’autre des États impérialistes, se transformant en instrument de « guerre par procuration ». Le temps historique des révolutions bourgeoises est passé. Il n’y a pas de factions bourgeoises capables d’une nouvelle transformation révolutionnaire.

Dans ces conditions, nous, l’Union Prolétarienne Internationale, défendons la création d’une organisation communiste mondiale de personnes qui sont en faveur des intérêts de classe fondamentaux du prolétariat et qui sont guidées par les principes généraux de la théorie marxiste.
Une telle organisation est nécessaire pour préparer une révolution mondiale en aidant à l’émergence d’un prolétariat international historiquement mondial et en créant ainsi la dernière condition qui manque à cette révolution.

Camarades, aucun « socialisme national » dans le cadre d’un seul pays n’est possible. Isolée, la dictature du prolétariat sera inévitablement écrasée par les efforts économiques et militaires de l’impérialisme. Ceci, bien sûr, ne nie pas la possibilité que, en tant que pionnier dans la révolution mondiale de la classe ouvrière, ses détachements nationaux distincts puissent d’abord apparaître. La tâche de la classe ouvrière et de ses partis de classe dans tous les pays, c’est le soutien inconditionnel et universel de cette entreprise et le déploiement de tous les efforts pour sa propagande et sa diffusion dans tous les pays.

Les conditions objectives sont de notre côté. Au début du 20ème siècle, il y avait 60 millions de prolétaires dans le monde ; à la veille de la deuxième guerre mondiale, 140 millions ; maintenant, environ 2 milliards. Ce qui, avec les familles, représente plus de la moitié de l’humanité. Il est temps que la classe ouvrière se réveille. Le système capitaliste mondial entre dans une nouvelle crise systémique. La seule chose qui manque, c’est le facteur subjectif : le parti prolétarien international, construit sur les principes scientifiques du marxisme.

Soit la révolution mondiale empêchera une guerre mondiale, soit une guerre mondiale entrainera une révolution mondiale ! En tout cas, la guerre mondiale est un génocide dirigé contre la classe ouvrière de tous les pays et continents. Et la révolution prolétarienne mondiale est la seule et ultime solution au problème. Et c’est seulement par des efforts conjoints, unis dans notre lutte de classe commune, que nous pouvons arrêter la catastrophe nucléaire et la destruction de l’humanité.

Par conséquent, notre consigne adressée à tous les travailleurs de notre planète est la même :
« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »
Salutations internationales,
Union Prolétarienne Internationale.

Krasnoïarsk, Russie. 10 juillet 2018.

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Carne da miniera. Storie e stragi degli «italiani invisibili» nelle miniere del Belgio dal 1946 al 1973 – ¿Te acuerdas de los mineros? June 2012…ecc

Carne da miniera. Storie e stragi degli «italiani invisibili» nelle miniere del Belgio dal 1946 al 1973

Walter Basso

Collana:Narrativa
Anno edizione:2016
In commercio dal:10/10/2016
Pagine:320 p., ill. , Brossura

Avanzamenti di Guido Bertolotti ; Marcinelle – HUELGA MINERA ESPECIAL Mineros de Asturias

http://www.controappuntoblog.org/2015/02/13/avanzamenti-di-guido-bertolotti-marcinelle-huelga-minera-especial-mineros-de-asturias/

¿Te acuerdas de los mineros? June 2012….; ReMine , Asturies i post

http://www.controappuntoblog.org/2017/06/12/%c2%bfte-acuerdas-de-los-mineros-june-2012%e2%80%a6-remine-asturies-i-post/

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Simone Weil et l’analyse de la « force » sociale comme « opinion » ; Simone Weil & C. i post

Simone Weil et l’analyse de la « force » sociale comme « opinion »

La « physique universelle » du mécanisme social et l’idéologie européenne

Rolf Kühn

Dans le droit fil de la tradition philosophique française, S. Weil considère que le problème social fondamental est celui de l’opinion. Opinion qui constitue une « matière sociale » sui generis en tant que mode d’expression de différentes « forces ». Il est évident surtout depuis La Boétie, Machiavel et Marx que la voie vers une plus grande liberté (de conscience) passe par la connaissance particulière de ce caractère social que la pensée européenne n’a pas su tirer au clair comme en témoigne fortement le recours de Hitler à l’idéologie de la seule force en tant qu’héritage de toute la tradition européenne, à part de quelques courants rares ayant connu et pratiqué la nécessité d’une « médiation » divine ou surnaturelle du Bien absolu.

Texte intégral

1Les concepts-clés tant sur le plan métaphysique et religieux que social et historique sont chez Simone Weil (1909-1943) les notions de force, nécessité ou aussi pesanteur. Il s’agit à la suite de ses maîtres Jules Lagneau et Alain (Émile Chartier) d’une détermination universelle et rigoureuse de l’être sous sa forme matérielle, biologique et énergétique où confluent l’héritage de la philosophie antique et classique ainsi que l’enseignement de la géométrie et des sciences de la nature. Que suppose par conséquent analytiquement la conceptualisation théorique plus élaborée d’une « force sociale », soumise tout comme la force physique à des relations nécessaires et incapable de produire d’elle-même une causalité de la liberté, qui soit « dialectique », comme chez Marx par exemple ? Dans le modèle d’analyse weilienne se trouve alors intégré, de façon organique comme on verra, la transition de la coercition émanant de la nature à l’oppression de la société, et cela au travers de la production ainsi que des institutions sociales, sans que ces deux sphères du réel d’ailleurs se recouvrent complètement ou qu’un déterminisme purement scientifique y soit appliqué de façon unilatérale1. Car la praxis institutionnelle et politique relève en plus selon Simone Weil d’une herméneutique du « symbolique » qui structure l’énergétique humain autrement que la seule dépendance matérielle ou physique.

1. L’« opinion sociale » – La lecture weilienne de La Boétie

2D’abord, il reste vrai qu’en ce qui concerne chaque individu le degré de violence requise dans le domaine économique et interrelationnel dépasse les limites de sa compréhension instantanée. Simone Weil pose cette question sous sa forme classique, à la suite de La Boétie, en se demandant : comment se fait-il qu’une multitude se soumette à une personne, même si le danger est égal qu’on se révolte ou qu’on obéisse servilement ? Il s’en dégage une dépendance qui, pour s’opposer manifestement aux lois naturelles, n’en est pas moins perméable à une définition générale. Car il s’agit de la faiblesse d’une majorité numérique face à la coordination méthodique exercée par un seul ou un petit nombre d’initiés monopolisant le savoir spécifique, à savoir théorique, administratif, militaire, etc., à quoi on peut certainement ajouter, à présent, le savoir informatique très spécialisé. Ainsi, la domination de la nature s’est toujours cristallisée dans des procédés techniques de production et une organisation « bureaucratique » qui écrase, anonymement et brutalement, la masse, c’est-à-dire les individus considérés comme interchangeables. De plus, la force déployée ici collectivement est inversement proportionnelle aux dimensions de la nature à vaincre.

  • 2 Cf. Discours de la servitude (éd. P. Bonnefon), Paris, 1947, p. 50s.
  • 3 Cf. Oppression et liberté, Paris, 1955, p. 186 (désormais OL).
  • 4 Pour cette comparaison cf. K.-D. ULKE, « System und Befreiung bei Simone Weil », Zeitgeschichte 6 ( (…)
  • 5 Cf. H.-M. Lohmann, « Simone Weil, Unterdrückung und Freiheit », Archiv für Rechtsund Sozialphilosop (…)
  • 6 Manuscrit Bibliothèque Nationale de Paris, folio III 565 (désormais Ms.).

3Ce résultat est donc obtenu, en partie, grâce à l’interprétation du livre Contre-Un, comme S. Weil – à la suite de Montaigne (Essais 1, 28) – nomme également l’ouvrage de La Boétie mentionné ci-dessus2 et qu’elle classe parmi les rares témoignages français d’une « tradition pure » en littérature3. En plus, ce traité de La Boétie renvoie à une analyse parallèle chez Proudhon, l’un des premiers socialistes. Car, incluant l’image (romaine) de Dieu dans sa critique, que l’on retrouve aussi chez S. Weil dans ses derniers textes, Proudhon s’en prend à la puissance du système social comme à une « fatalité‚ démente, quasi religieuse4 ». D’autres critiques ont vu dans ce retour partiel aux utopistes révolutionnaires avant Marx une « régression » de Simone Weil et, par conséquent, dans le « refuge dans l’unio mystica » de la dernière période de sa vie l’expression radicale de l’impuissance devant la force sociale5. Mais le dilemme central, formulé de bonne heure par S. Weil, continue d’être valable pour elle à notre avis : « oublier les nécessités de l’ordre social : idéal imaginaire / prendre l’ordre social comme fin : trahison6 ».

4Ainsi, on voit la raison enchaînée de toute part, fût-ce involontairement, à la contrainte. Dans les rapports de pouvoir que représente particulièrement la relation entre la force et la faiblesse, la raison n’est en mesure de nier ou d’abolir aucun des deux termes. La puissance ne peut que passer en d’autres mains, ce qui signifie la plupart du temps que, historiquement et politiquement, le nouveau pouvoir avait été préparé par la fonction sociale vitale qu’exerçait auparavant déjà un certain groupe, comme Marx l’a décrit par exemple dans Le 18 Brumaire. Le peu d’attention accordé à une telle relation fondamentale s’établissant chaque fois à nouveau pouvait inciter à penser qu’un jour même la classe la plus méprisée devrait, dans son ensemble, accéder au pouvoir. Marx, il est vrai, ne commit pas cette erreur quant à la bourgeoisie ascendante, mais bien plutôt, à cause des espoirs révolutionnaires qu’il nourrissait, à l’égard de la masse du prolétariat. Une telle erreur est due, aux yeux de S. Weil, à l’emploi non mathématique de l’extrapolation de ces changements perpétuels des groupes sociaux, l’approche d’une limite y étant confondue avec la disparition d’un des deux termes constitutifs de la relation existante.

  • 7 Cf. La survie du capitalisme. La re-production des rapports de production, Paris, 1973, p. 7 et 57s
  • 8 Cf. Les étapes de la pensée sociologique, Paris, 1967, p. 181s. et 192s.

5Le fait de s’orienter sur des procédés mathématiques ne conduit pas, ici en particulier, à un nivellement de la réalité, mais il met en évidence ce qui n’est pas imaginable autrement, à savoir le « morne jeu de forces aveugles d’un mécanisme social » (OL 106 ; cf. 181, 189s., 208s., 242, 250s.). Cette idée se retrouve dans toutes les parties de l’œuvre weilienne et appartient donc aux intuitions directrices de sa doctrine. La conception devenue courante aujourd’hui d’une « reproduction des rapports de production » dont parlait par exemple Henri Lefebvre7, pourrait être considérée comme l’explication actualisée d’une telle hypostase de base par rapport au type de société présente. Et Raymond Aron, de son côté, en tirait les conséquences pour le « prolétariat », qui ne se trouve pas dans une situation telle qu’il pourrait réellement préparer une prise de pouvoir8.

  • 9 Cf. Mars ou la guerre jugée, Paris, 1936, p. 82 ; cf. S. WEIL, OL, p. 100.

6Cela ramène clairement au problème de l’opinion, qui n’existerait pas, si la masse exerçait le pouvoir pour elle seule, c’est-à-dire sans ordres émanant d’une instance extérieure. C’est pourquoi la tactique politique, ou même la violence tyrannique, doit tendre sans répit à empêcher le groupement spontané‚ qui, par la cristallisation en un sentiment unanime des expériences sociales vécues, pourrait mener à une action concertée sur la base de l’autodétermination, telle que S. Weil la relève déjà à la lecture de Tacite. Le pouvoir qui empêche de telles actions sanctionne, par son comportement visible ou à mots couverts, le sens (idéologique) admis dont dépend son « ordre » social établi, derrière lequel s’abritent ou se cachent des intérêts qu’on voit se refléter habituellement de l’autre côté dans un sentiment d’impuissance vis-à-vis du système existant. La puissance du plus fort en est même encore accrue, car, grâce à la force de persuasion de sa simple présence, elle crée l’illusion d’une division naturelle des différences – biologiques ou biographiques – irréfutables en un « haut » et un « bas » à l’intérieur de la société. Pour cette raison, les discours sur les rapports sociaux, qui appartiennent à la sphère de la symbolique de la vie sociale, ne sont jamais exempts de « mensonge », qui est un élément constitutif de la violence institutionnalisée. Mais cette dernière survit également dans l’appel (révolutionnaire) à la masse, dans la mesure où la nouvelle situation désirée est censée s’appuyer sur un renversement de l’oppression, tout en reproduisant systématiquement l’ancienne. Reconnaître alors le « mécanisme social » devient malaisé‚ à cause des « passions » multiples allant de la volonté de préserver l’existant à celle de l’ébranler de fond en comble. Ainsi, un « voile » partout impénétrable continue-t-il de recouvrir le « mystère » absurde inhérent au mécanisme social. Ou bien, autrement dit, il n’y a pas de « société oppressive sans une religion du pouvoir » (OL 100, 188sq.), comme aussi pour Alain9 déjà « la société enferme toujours quelque religion ».

2. Machiavel et la « matière sociale »

7Supposer une causalité spécifiquement sociale de la force a quelque chose d’opérationnel. Car cela signifie réduire les réactions possibles d’ordre moral et psychologique, face à toute complexité sociale, et dont chacun se sent obligatoirement faire partie, à une constante qui aide à la fois à saisir une plausibilité immédiate et à se livrer à un examen analytique. Des vocables comme mensonge et autres notions semblables du domaine de la communication et de l’interprétation gravent dans la mémoire l’essence d’une telle puissance fondamentale, qui relève de la conscience (réflexive). Mais la représentation d’un mécanisme impliquant dans cette application l’expérience négative d’un consensus total non-réalisable fait aussi appel à une nouvelle notion weilienne encore, qui est celle de la « matière sociale ». Par elle, la société apparaît comme une grandeur qui, par son influence, capte et englobe toute la pensée. Des formations sociales déterminées produisent ensuite, sur le plan historique, des types de pouvoir et d’idéologie correspondants, où l’on peut détecter chaque fois une forme symbolique hypostasiée, comme par exemple la nation, l’orthodoxie, la race, le rendement, etc.

  • 10 Cf. Leçons de philosophie, Paris, 1966, p. 191s. ; Cahiers I (CI), Paris, 1970, p. 109 ; Écrits his (…)
  • 11 Cf. Deutsche Ideologie (Marx-Engels-Werke, vol. 3), Berlin, 1969, p. 304.

8À propos de la force sociale, quelques remarques isolées sur Machiavel sont assez instructives. En plus, S. Weil avait publié en 1934 une traduction de certains chapitres des Istorie Fiorentine (III, 12-17), avec une introduction intitulée Un soulèvement prolétarien à Florence au XIVe siècle10. Son interprétation y fait ressortir avant tout la transition du domaine politique autonome à la catégorie sociale fondamentale de la force, mais S. Weil souligne également le parallèle autant que la distance, résultant de cette relation, par rapport à Marx et Platon. Le point de départ chez Machiavel, c’est la parfaite séparation effectuée clairement pour la première fois dans l’histoire des idées, du pouvoir et du droit. La politique s’émancipait ainsi des jugements éthiques et devenait, sur le plan de la théorie sociale et politique, l’objet d’une analyse nouvelle, ce que Marx aussi appréciait chez son prédecesseur11.

9Ce qui est nouveau chez Marx, à savoir le lien entre le domaine politique et économique, n’est nullement méconnu pour autant. Du point de vue méthodologique, cependant, l’usage de modèles physiques exige que la réalité de la vie politique, définie conformément aux lois d’une force, prenne la dimension d’un mécanisme social global, dans lequel s’engrènent toutes les relations possibles. De la sorte, il est exclu qu’un domaine partiel puisse donner lieu à l’émancipation de la totalité de la force se transformant souvent en violence. Toute domination exercée au moyen des formes d’organisation sociales gardera ainsi son caractère coercitif. Machiavel rappelle cet état de choses en invoquant le rôle du conflit et la relation entre ennemi et ami, inhérents en permanence à tout ordre et à toute harmonie (citadine). De cette irréductibilité vit la dimension spécifiquement politique, définie par le rapport fondamental soit force-infériorité, soit commandement-obéissance. Y voir, à l’aide de la notion de force, la loi de base de tous les changements, incapables d’aboutir jamais à leur propre suppression par eux-mêmes, signifie que toutes les manifestations d’ordre historique, politique et social – conditionnées par l’état naturel, tout en le modifiant en même temps – sont des variations fonctionnelles d’une relation liée à la force, qui établit en somme l’espace public des actions possibles. Par ce facteur constitutif de l’être social le domaine politique revêt une certaine autonomie. Pourtant on ne saurait l’assimiler à une séparation d’avec la production orientée sur les besoins, car les phénomènes du pouvoir ne sont rien d’autre que les manifestations du mécanisme social de base présent dans la conscience et qui agit de telle manière qu’aux hommes « le pouvoir semble une force plus invincible que la nature des choses ». Pour S. Weil, ce ne sont donc pas les crises économiques, vues en profondeur, qui provoquent en premier lieu un changement du pouvoir (EHP 403, cf. 319s.).

  • 12 Outre OL 215sq. et 235s., cf. La source grecque, Paris, 1953, p. 90s.
  • 13 Cf. Histoire et Vérité, Paris, 1955, p. 257s. le chapitre sur « Le paradoxe politique ».

10Machiavel ayant supprimé l’aspect matériel et spirituel, ainsi que le monde divin, comme arguments d’explication, il a créé un vide épistémologique dans lequel la théorie du politique en soi, dépouillé de tout, allait trouver son espace de développement. En interprétant l’intention analytique de Machiavel comme tentative pour « élaborer une mécanique des rapports sociaux », Simone Weil est amenée à constater que celle-ci n’était pas au fond nouvelle, mais, pareille à toute vérité digne de ce nom, avait toujours été sous-entendue comme un but à atteindre. Une telle conception (indépendamment de la représentation qu’elle renferme de l’histoire des idées et de son rapport avec une unité éventuelle de la vérité en général) jette à son tour une lumière sur l’objet de la connaissance dont l’essence doit posséder une actualité intemporelle. D’ailleurs dans les deux cas, étant donné qu’ils sont en quelque sorte l’un à l’autre ce qu’une question est à la réponse, cela implique effectivement, pour comprendre l’herméneutique pratique de S. Weil ici, que la force sous-jacente à ce mécanisme constitue la préoccupation centrale de doctrines aussi différentes que celles de Platon, du christianisme, de Machiavel et de Marx12. Indépendamment de Simone Weil, Paul Ricœur, lui aussi, voit par exemple un point commun entre ces derniers, ajoutant même les noms des prophètes d’Israël et de Lénine, car à leurs yeux le pouvoir inclut les égarements les plus fondamentaux de l’existence et de l’histoire humaines13. En ce qui concerne Platon et Marx, ils traitent tous les deux du thème de la « fausse conscience » suscitée par tout pouvoir, surtout étatique. La réconciliation que Hegel croyait possible à travers l’État montre que les penseurs de la téléologie et de la rationalité du pouvoir (surtout Hegel lui-même et Aristote) devaient être forcément écartés par S. Weil à cause de leur intention apologétique de la force. Quant à Rousseau, et même à Kant, il s’agit chez eux selon S. Weil de la définition du rapport idéal entre individu et société, comme conséquence d’une notion régulatrice de la liberté, qui se transforme justement ensuite en critique de la collectivité.

11Cette dépendance sociale de ce qui existe n’appartient pas, à strictement parler, à la nature physique, de caractère limité ; mais à l’égal de celle-ci et de la nature psychologique elle est soumise, elle aussi, à une structure de nécessité définie, si bien qu’elle constitue un domaine de réalité propre. Pour relier conceptuellement ces deux données, S. Weil emploie l’expression déjà mentionnée de matière sociale (OL 225s., 233), qui implique la conviction que la société et la matière sont les conditions indispensables de l’existence humaine comme telle et que, dans ces deux dimensions de la réalité, quoique de manière différente, il règne – sans exception – des relations entre forces. Le passage de la notion (marxiste) d’ « existence sociale » à celle de « matière sociale » ne fait que souligner avec plus d’insistance encore ce que S. Weil ainsi qu’Alain ont toujours associé‚ en parlant de l’être comme existant, à savoir l’impossibilité de supprimer des nécessités causales qui, indifférentes aux valeurs, gouvernent l’univers. De surcroît, la représentation de la matière évoque instantanément la présence des phénomènes de force qui sont censés, grâce à la compréhension de la problématique du pouvoir, définir la situation fondamentale de ce qui apparaît en tant que réalité « sociale ».

  • 14 En plus de l’article « Élan et force » (note 1), cf. surtout notre contribution au colloque sur Sim (…)
  • 15 Notre contribution « Imaginaire et symbolisme », dans F. L’Yvonnet (éd.), Simone Weil. Le grand pas (…)

12Dans l’intérêt analytique, un plus large développement déductif ou descriptif des différentes formes de matière – physique, psychologique et sociale – par S. Weil eût été sans doute souhaitable. Cependant, dans le domaine socio-psychologique, toutes les manifestations « spirituelles » ou conscientes sont liées à un processus de perception motivé par des actions symbolisées au préalable14. Et, de leur côté‚ ces actions restent soumises à un mécanisme de transfert dépendant de l’imagination qui est analysée par S. Weil comme la motivation phénoménologique décisive pour la répartition des quantités d’énergies disponibles en chaque individu15. Ici donc il ne s’agit justement de rien de moins que d’appliquer l’idée de matière-force à un domaine non physique. Si, de plus, l’étude de la perception dé-créative rencontre l’environnement social en tant que composante du sujet concret, on peut étendre également la notion de matérialité, prise comme un facteur particulier d’influence, à la société et sa lecture.

  • 16 Cf. S. WEIL, L’enracinement (EN), Paris, 1949, p. 248s. et Écrits de Londres et dernières lettres, (…)
  • 17 Nous partageons entièrement cette interrogation analysée magistralement par E. Gabellieri, Être et (…)

13Conséquence autant que convergence de ces approches, visant à décrire les différentes régions ontologiques à partir du fait fondamental qui réside dans la modification fonctionnelle des rapports de force, c’est alors la tentative pour concevoir une « énergétique » générale des différents phénomènes du monde physique, biologique, psychique et socio-anthropologique16. Il en ressort naturellement un rapport spécifique avec la pensée scientifique, à laquelle l’amorce éthique et métaphysique en ce qui concerne entre autres la phénoménalité de la force doit tout au moins la conceptualité. Car dans cette tentative de S. Weil se manifeste le but dernier de sa recherche qu’exprime son œuvre : existe-t-il réellement, mis à part le fait que tout être appartient au règne de la force, un Bien originaire qui, par son essence, représente une réalité autre que celle de la puissance et de la force ? De plus, il convient de savoir si ce Bien signifie davantage que de simples idéalités ou valeurs désirées et comment un Bien vraiment transcendant réalise sa propre automanifestation en tant qu’autodonation, c’est-à-dire de telle manière que tout sujet puisse le recevoir ou le saisir en son authenticité même17.

3. La seule force – L’erreur de l’Europe

  • 18 Cf. à ce sujet notre étude « ‘Lektüre’ als machtrelevante Wahrnehmungsanalyse bei Simone Weil », da (…)

14L’acte de réflexion libre, en tant que « détachement » décréatif requis par la doctrine tardive de S. Weil, renferme donc une double circularité à interférence ainsi qu’une dramatisation accrue de la « révélation » possible d’un sens originaire. Le sujet vraiment autonome ne doit pas seulement défaire ou « décréer » la réalité de la vraie Valeur absolue ou du Bien des représentations dues à l’imaginaire subjectif, il faut aussi qu’il perce et réoriente en même temps la faculté de la représentation elle-même, par laquelle s’intériorisent les médiations sociales en vue de toutes les identifications. Ce que S. Weil postule, par conséquent, n’est rien de moins qu’un exode spirituel réfléchi hors du « social », afin de s’affranchir des motivations intéressées à cause de leur attachement à une « force » toujours présente au plus intime de la conscience. Ainsi devient-il évident que toute transcendantalité à base subjective et sociale, comme par exemple aussi la monadologie intersubjective de Husserl18, ne peut avoir qu’un caractère symbolique exigeant ce double examen réflexif qui, selon S. Weil, déclenche seul un mouvement vers l’origine véritable. Et ce qui n’y conduit pas demeure alors voilé à jamais par l’opinion.

  • 19 Cf. Cahiers II, Paris, 1970, p. 205, 218 s. et 260 ; Intuitions pré-chrétiennes, Paris, 1951, p. 75 (…)

15« S’exclure spirituellement de la société » (EN 194) ou bien « se déraciner socialement et végétativement » implique alors foncièrement une « méditation sur le mécanisme social » – méditation par laquelle le sujet désireux d’une connaissance vraie opère une « purification » qui, pour sa part, mène ensuite à la « nudité spirituelle ». Ce dernier degré de détachement est de loin « le plus difficile », parce qu’il englobe, avec l’abandon des biens qui ont pour substance le prestige social, la « mort sociale » que le sujet craint le plus en tant que personne croyant avoir des droits19. La critique weilienne, même lorsqu’elle s’exprime en termes « mystiques », esquisse néanmoins une sociologie herméneutique originale en ce sens qu’elle dévoile encore dans les théories sociologiques et politiques elles-mêmes le pouvoir s’assurant, par ce savoir spécifique, d’une médiation possible entre l’individuel et le collectif. Peu importe, à la suite de Durkheim ou de Weber, pour ne nommer que cette antithèse classique, si le collectif préexiste aux individus ou si ceux-ci forment la vie sociale en donnant un sens, chacun pour sa part, aux actions intentionnelles. La prémisse reste la même dans les deux cas : il faut pouvoir intégrer les « faits sociaux » dans une phénoménalité de l’apparaître sociologique et historique qui réduit l’être aux dimensions du vécu dont l’indice de « vérité » réside dans l’expressivité ou la formulation possible au moyen du langage ordinaire et spécifique. Or cela même renferme une circularité théorique et pratique évidentes, puisque le langage lui-même est essentiellement de nature sociale institutionnalisée et habitualisée, de telle sorte qu’aucun discours ne quitte le domaine de l’opinion qu’il véhicule.

  • 20 Sur le rapport philosophique de S. Weil avec J. Lagneau, cf. aussi R. Kühn, « Le devoir-être et la (…)

16Chez S. Weil, l’opposition entre la Force et le Bien ne donne pas une solution facile à ce problème, puisque tout bien, pour sa part, peut être suspecté sociologiquement de « construction » historique. Mais, en saisissant le social et son discours par la seule réalité descriptible de la force, elle marque au moins une limite du collectif et du savoir qu’il sécrète, dans la mesure où la conscience ne peut pas s’adonner à cette force sans attester aussitôt sa propre différence. Le logos de la conscience (réflexive), contrairement à ce qu’en prétendait Hegel, n’est pas identique, en dernière analyse, à l’histoire de violence dont il est à l’origine, il est vrai, parce que toute action reste soumise à un jugement qui indique toujours aussi un autre déroulement possible. En relevant justement les rares passages où S. Weil fait entendre une dénotation positive de la force, on saisit la possibilité d’un tel discours sociologique à la limite de l’ineffable qui est, par nature, l’horizon de tout langage. Ainsi, dans un fragment de 1927 déjà, elle note au sujet de Léon Letellier et de son fils Michel – tous les deux adeptes de la philosophie de Jules Lagneau – que leur force n’est pas à « confondre avec la force dont l’ambitieux se pare en utilisant les bras d’autrui avec la force que chaque homme peut exercer en propre, par la puissance de ses muscles sur le monde et de son âme sur les muscles. [Par là], la force trouve comme son couronnement en l’amour et en l’amour de chaque homme » (Ms. série II)20.

17Toute analyse sociologique et politique ne peut avoir de sens alors pour S. Weil que dans la mesure où elle s’engage résolument dans la voie d’une meilleure compréhension des possibilités de la liberté réelle, convertie vers la fin de sa vie en disponibilité pour le vrai Bien. Cette différence ne modifie pas le statut de la connaissance face à la force et les diverses formes de pouvoir qui en découlent. Car leur description consciente se fait toujours à la lumière de certaines prémisses phénoménologiques et métaphysiques, de telle manière que le discours sociologique, politique ou historique seul reste un parti pris quant à la tâche essentielle de déterminer l’essence transcendantale de l’homme. Autrement dit, il faut rendre compte et des pensées et des actions humaines en vue de leur union souhaitable. C’est du moins la leçon qu’on peut tirer de la corrélation chez S. Weil entre la conscience individuelle et la société s’opposant l’une à l’autre dans le but d’une compréhension et d’une affirmation plus clairvoyantes de soi pour chacun :

Penser correctement et conformer son action à la pensée, c’est le devoir le plus impérieux, ou plutôt le seul devoir et la seule vertu. C’est pourquoi on ne peut jamais abdiquer son pouvoir de penser et de juger sans commettre une faute capitale. Autrement dit, on doit toujours régler sa pensée et son action sur son propre jugement, jamais sur une religion [idolâtrique] ou sur ce que Trotsky nomme l’histoire, ou sur un autre être humain (Ms. III 673).

  • 21 L’expression est de Michel Henry dont l’étude fondamentale pour une phénoménologie radicale se trou (…)
  • 22 Pour une analyse détaillée, cf. notre ouvrage : Subjektive Praxis und Geschichte. Phänomenologie de (…)

18Pour conclure, nous pourrons dire que l’analyse de la Force sous toutes ses formes implique toujours, en même temps, la critique de notre tradition européenne comme hypostase d’une « pensée universelle » qui exclut ou écrase l’individuel et le singulier. En choisissant le modèle de la seule « distance phénoménologique21 » comme critère européen d’une connaissance transcendante ou théorique vraies, tout rapport pensable devient un rapport de force : universalité/particularité, Dieu/âme, nature/individu, etc22. L’exemple le plus cruel – mais également le plus éclairant – à ce sujet se trouve chez Simone Weil à propos de Hitler dont elle cite un passage central de Mein Kampf dans son dernier texte sur L’enracinement :

  • 23Mein Kampf, Munich, 1933, p. 267, cité dans EN, p. 204 ; cf. aussi pour l’importance « symbolique » (…)

L’homme ne doit jamais tomber dans l’erreur de croire qu’il est seigneur et maître de la nature […]. Il sentira dès lors que dans un monde où les planètes et les soleils suivent des trajectoires circulaires, où les lunes tournent autour des planètes, où la force règne partout et seule en maîtresse de la faiblesse, qu’elle contraint à la servir docilement ou qu’elle brise, l’homme ne peut pas relever de lois spéciales23.

19L’illusion de l’Europe, c’est donc l’« universalité » basée sur ce concept religieux, philosophique, scientifique, politique et historique d’une telle force idéologique qui, aujourd’hui, trouve son aboutissement dans l’idée et la pratique d’une « mondialisation » (Globalisation) qui semble exclure toute autre pensée encore efficace. L’analyse de la « physique sociale universelle » chez Simone Weil s’avère alors plus actuelle que jamais, avant de perdre peut-être, à l’avenir, jusqu’à l’idée même d’une autre réalité, d’un autre « Bien » encore possibles.

Notes

1 Nous reprenons ici une analyse de la pensée weilienne dont les bases se trouvent dans une critique de Marx et de l’être historique ; cf. nos deux articles : « Pouvoir, connaissance, conscience. Aspects sociologiques de la pensée de Simone Weil », Cahiers internationaux de Sociologie 73 (1987), p. 257-280 ; « Primauté et dialectique du bien. La critique de Marx pour Simone Weil », Cahiers Simone Weil 26/1 (2003), pp. 51-87, ainsi que « Élan et force. Phénoménologie de la violence historique chez Simone Weil », Cahiers Simone Weil 26/3 (2003), p. 281-320.

2 Cf. Discours de la servitude (éd. P. Bonnefon), Paris, 1947, p. 50s.

3 Cf. Oppression et liberté, Paris, 1955, p. 186 (désormais OL).

4 Pour cette comparaison cf. K.-D. ULKE, « System und Befreiung bei Simone Weil », Zeitgeschichte 6 (1980), p. 196sq. ; à propos de la force sociale cf. aussi L. Blech-Lidolf, La pensée philosophique et sociale de Simone Weil, Berne-Francfort/M., 1976, p. 118-122.

5Cf. H.-M. Lohmann, « Simone Weil, Unterdrückung und Freiheit », Archiv für Rechtsund Sozialphilosophie 62/2 (1976), p. 295-298.

6 Manuscrit Bibliothèque Nationale de Paris, folio III 565 (désormais Ms.).

7 Cf. La survie du capitalisme. La re-production des rapports de production, Paris, 1973, p. 7 et 57s.

8 Cf. Les étapes de la pensée sociologique, Paris, 1967, p. 181s. et 192s.

9 Cf. Mars ou la guerre jugée, Paris, 1936, p. 82 ; cf. S. WEIL, OL, p. 100.

10 Cf. Leçons de philosophie, Paris, 1966, p. 191s. ; Cahiers I (CI), Paris, 1970, p. 109 ; Écrits historiques et politiques (EHP), Paris, 1960, p. 85-101, 327 et 405.

11 Cf. Deutsche Ideologie (Marx-Engels-Werke, vol. 3), Berlin, 1969, p. 304.

12 Outre OL 215sq. et 235s., cf. La source grecque, Paris, 1953, p. 90s.

13 Cf. Histoire et Vérité, Paris, 1955, p. 257s. le chapitre sur « Le paradoxe politique ».

14 En plus de l’article « Élan et force » (note 1), cf. surtout notre contribution au colloque sur Simone Weil à l’École Normale Supérieure de Paris organisé en mai 2009 par F. Worms : « L’unité réflexive et l’ontologie du réel chez Simone Weil » où nous exposons notre interprétation de l’œuvre weilienne selon une triple lecture sémiotique (perception), symbolique (histoire) et poétique (religions et arts), publiée dans Cahiers Simone Weil 33/4 (2010), p. 511-542.

15 Notre contribution « Imaginaire et symbolisme », dans F. L’Yvonnet (éd.), Simone Weil. Le grand passage, Paris, 2006, p. 139-168, complète les analyses indiquées dans la note précédente.

16 Cf. S. WEIL, L’enracinement (EN), Paris, 1949, p. 248s. et Écrits de Londres et dernières lettres, Paris, 1957, p. 161.

17 Nous partageons entièrement cette interrogation analysée magistralement par E. Gabellieri, Être et don. Simone Weil et la philosophie, Louvain-Paris, 2004.

18 Cf. à ce sujet notre étude « ‘Lektüre’ als machtrelevante Wahrnehmungsanalyse bei Simone Weil », dans I. de Gennaro et H-Chr. Günther (éds.), Artists and Intellecutals and the Requests of Power. Leiden-Boston, 2009, p. 45-62.

19 Cf. Cahiers II, Paris, 1970, p. 205, 218 s. et 260 ; Intuitions pré-chrétiennes, Paris, 1951, p. 75 et 77 ; La connaissance surnaturelle, Paris, 1950, p. 272.

20 Sur le rapport philosophique de S. Weil avec J. Lagneau, cf. aussi R. Kühn, « Le devoir-être et la réflexion », dans R. Bourgne (éd.), Jules Lagneau, Alain et l’École française de la perception, Paris (Institut Alain), 1995, p. 83-92.

21 L’expression est de Michel Henry dont l’étude fondamentale pour une phénoménologie radicale se trouve dans L’essence de la manifestation, Paris, 1963.

22 Pour une analyse détaillée, cf. notre ouvrage : Subjektive Praxis und Geschichte. Phänomenologie der politischen Aktualität, Fribourg-Munich, 2008.

23Mein Kampf, Munich, 1933, p. 267, cité dans EN, p. 204 ; cf. aussi pour l’importance « symbolique » de Hitler dans la critique historique et sociale de S. Weil :

R. KÜHN, Deuten als Entwerden. Eine Synthese des Werkes Simone Weils in hermeneutisch-religionsphilosophischer Sucht, Fribourg-en-Brisgau, 1989, p. 197s.

https://journals.openedition.org/rsr/2942

SIMONE WEIL, IDOLATRIA

 

Simone Weil : LAMPO | controappuntoblog.org

tornando sulla condizione operaia :Simone Weil i post – EUROPA 51 Rossellini – prof Mauro Bonazzi

http://www.controappuntoblog.org/2017/03/29/tornando-sulla-condizione-operaia-simone-weil-i-post-europa-51-rossellini-prof-mauro-bonazzi/

Da lunedì 8 gennaio, #SandraToffolatti legge #AdAltaVoce Il diario di Etty Hillesum -Etty Hillesum – Simone Weil i post

http://www.controappuntoblog.org/2018/01/08/da-lunedi-8-gennaio-sandratoffolatti-legge-adaltavoce-il-diario-di-etty-hillesum-etty-hillesum-simone-w

Simone Weil: il libro del potere by doppio zero – Simone Weil i post

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L’enracinement , LA PRIMA RADICE – La Pesanteur et la grâce …

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Morte di un carissimo amico, Agostino d’Ippona

http://www.controappuntoblog.org/2016/12/06/morte-di-un-carissimo-amico-agostino-d%e2%80%99ippona/

Goro, ma tutto il mondo in effetti e Simone Weil i post….

http://www.controappuntoblog.org/2016/10/26/goro-ma-tutto-il-mondo-in-effetti-e-simone-weil-i-post/

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http://www.controappuntoblog.org/2015/12/05/intuitions-pre-chretiennes-simone-weil-la-grecia-e-le-intuizioni-precristiane-pdf/

L’indicibile tenerezza in cammino con Simone Weil di E .

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La fredda bellezza. Dalla metafisica alla matematica EpuBook

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Se il fatto che io indosso la tunica che tu avevi tessuta per tuo fratello ti dà un qualche conforto

Que grande es el cine : EUROPA 51 ! Rossellini ..

E = mc2 e coscienza – Hamlet (opera) A. Thomas – Shostakovich – Grigori Kozintsev

Simone Weil : “Attention is the rarest and purest form of generosity …

SIMONE WEIL – controappuntoblog.org

Etty Hillesum – controappuntoblog.org

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Syrie: les troupes du régime entrent dans le fief rebelle de Deraa

Syrie: les troupes du régime entrent dans le fief rebelle de Deraa

Photo de l’agence de presse officielle syienne SANA prise le 12 juillet 2019 dans le centre de Deraa en Syrie, ville reprise par le régime syrien aux rebellesafp.com – –

Les troupes du régime sont entrés jeudi dans le secteur rebelle de la ville de Deraa, berceau en 2011 de la révolte contre le pouvoir de Bachar al-Assad, et ont hissé le drapeau syrien, a rapporté l’agence officielle Sana.

« Des unités de l’armée syrienne entrent à Deraa al-Balad et hissent le drapeau national sur la place publique », dans le centre-ville jusque-là tenu par les insurgés, a indiqué l’agence.

L’annonce intervient près d’une semaine après un accord négocié par l’allié russe du régime, qui impose aux insurgés de la province de Deraa de céder leurs territoires au pouvoir de Bachar al-Assad.

Les procédures prévues par l’accord n’ont pas encore été mises en oeuvre, mais le geste de jeudi est « symbolique », a souligné l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

« Les factions rebelles sont encore dans la ville de Deraa, celles qui veulent la réconciliation doivent encore abandonner leur artillerie, les procédures n’ont pas encore commencé », a déclaré le directeur de l’ONG, Rami Abdel Rahmane.

L’accord conclu la semaine dernière prévoit le retour des institutions étatiques dans les secteurs insurgés, l’abandon par les rebelles de leur artillerie lourde et moyenne, ainsi que le départ des combattants qui refusent de rester sous le contrôle du régime vers d’autres secteurs insurgés du pays.

Soumis durant près de trois semaines à des bombardements meurtriers, les rebelles ont été contraints de s’asseoir à la table des négociations et d’accepter cet accord dit de « réconciliation », qui s’apparente de fait à une capitulation.

Le pouvoir syrien a déjà reconquis l’intégralité de l’est de la province de Deraa, ainsi que de vastes pans de territoires dans l’ouest.

Le redéploiement des forces loyalistes dans cette province hautement symbolique constitue un nouveau revers pour la rébellion anti-Assad, qui enchaîne les défaites depuis près de deux ans et se montre désormais plus que jamais incapable de résister face à la puissance de feu du régime.

Grâce au soutien militaire de ses alliés indéfectibles, Russie et Iran en tête, le pouvoir de Damas contrôle plus de 60% du pays en guerre.

ANI Avec AFP

https://afriquenewsinfo.wordpress.com/2018/07/12/syrie-les-troupes-du-regime-entrent-dans-le-fief-rebelle-de-deraa/

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“Se è ancora vivo lo sa solo Dio”: il report sulle torture e le sparizioni forzate in Yemen by amnesty.it

“Se è ancora vivo lo sa solo Dio”: il report sulle torture e le sparizioni forzate in Yemen

12 luglio 2018

Non voglio mai più vedere quello che ho visto. In quel posto, non vedi neanche la luce del sole. Mi accusavano di qualsiasi cosa e mi picchiavano. Poi, una notte, mi hanno rilasciato dicendo che mi avevano confuso con un’altra persona. ‘Ci siamo sbagliati, scusa!’, come se non mi avessero fatto soffrire, come se non mi avessero sottoposto alla corrente elettrica“.

Questa è una delle terribili testimonianze che abbiamo raccolto in un nuovo agghiacciante rapporto sulle sparizioni e sulle torture nei centri di detenzione dello Yemen meridionale.

A un anno di distanza dal primo rapporto sulle prigioni segrete situate nello Yemen meridionale, siamo tornati a denunciare quel sistema, tuttora impunito, di sparizioni forzate e torture, che costituiscono crimini di guerra.

Il nuovo rapporto, intitolato “Se è ancora vivo lo sa solo Dio”, denuncia che decine di uomini sono stati arrestati dalle forze degli Emirati Arabi Uniti e forze locali che agiscono fuori dal controllo del governo yemenita.

Molti sono stati torturati e si teme che alcuni degli arrestati siano morti durante la detenzione.

Abbiamo svolto ricerche su 51 uomini arrestati tra marzo 2016 e maggio 2018 nelle provincie di Aden, Lahj, Abyan, Hadramawt e Shabwa. Molti di essi hanno trascorso periodi di sparizione forzata e 19 di essi risultano tuttora scomparsi.

Per la stesura del rapporto abbiamo intervistato 75 persone, tra le quali ex detenuti, parenti di persone scomparse, attivisti e rappresentanti del governo.

Detenuti torturati da parte delle forze appoggiate dagli Emirati

Da quando, nel marzo 2015, hanno aderito alla coalizione guidata dall’Arabia Saudita, gli Emirati hanno creato, addestrato, equipaggiato e finanziato varie forze di sicurezza locali, tra cui la Cintura di sicurezza e la Forza di élite, e costruito alleanze con singoli responsabili della sicurezza yemeniti, aggirando il governo locale.

Detenuti ed ex detenuti hanno riferito di scariche elettriche, pestaggi e violenze sessuali. Uno di loro ha visto un compagno di prigionia venir portato via in un sacco da cadavere dopo essere stato ripetutamente torturato.

Un altro ex detenuto ha raccontato che i soldati degli Emirati di stanza nella base di Aden gli hanno inserito più volte un oggetto nell’ano, fino a farlo sanguinare e lo hanno tenuto in una buca nel terreno con la sola testa fuori dalla superficie, lasciandolo defecare e urinare in quel modo.

Sentivamo parlare della tortura e dicevamo ‘figuriamoci se accadono queste cose’ fino a quando non l’ho provata sulla mia pelle”, ha detto l’ex detenuto.

“Non abbiamo la minima idea di dove sia, se è ancora vivo lo sa solo Dio. Vogliamo solo sapere che fine ha fatto nostro fratello, sentire la sua voce, sapere dove si trova. Perché li fanno sparire in questo modo?”.

Le vane ricerche delle famiglie degli scomparsi

I familiari dei detenuti ci hanno raccontato le disperate e vane ricerche d’informazioni.

Madri, mogli e sorelle degli scomparsi svolgono regolari proteste da quasi due anni lungo il percorso tra gli uffici governativi e della procura, le sedi dei servizi di sicurezza, le prigioni, le basi della coalizione a guida saudita e vari altri luoghi per presentare denunce relative ai loro cari.

Alcune famiglie hanno riferito di essere state avvicinate da persone che le hanno avvisate della morte in carcere di un loro parente ma quando sono andate a chiedere conferma alle forze yemenite sostenute dagli Emirati queste hanno negato tutto.

Detenuti torturati da parte delle forze appoggiate dagli Emirati

Detenuti ed ex detenuti hanno riferito di scariche elettriche, pestaggi e violenze sessuali. Uno di loro ha visto un compagno di prigionia venir portato via in un sacco da cadavere dopo essere stato ripetutamente torturato.

Gli Emirati, col loro modo di operate nell’ombra, hanno creato nello Yemen meridionale una sorta di struttura di sicurezza al di fuori della legge che compie gravi violazioni dei diritti umani senza pagarne le conseguenze”, ha commentato Tirana Hassan, direttrice di Amnesty International per la risposta alle crisi.

La mancanza di un sistema cui rendere conto rende ancora più difficile alle famiglie contestare la legalità della detenzione dei loro congiunti. Anche quando alcuni magistrati yemeniti hanno cercato di prendere il controllo su alcune prigioni, i loro tentativi sono stati del tutto ignorati dalle forze degli Emirati e in diverse occasioni i loro provvedimenti di rilascio di detenuti sono stati ritardati”, ha aggiunto Hassan.

Oppositori presi di mira col pretesto della lotta al terrorismo

Gli Emirati sono un alleato chiave della coalizione guidata dall’Arabia Saudita che dal marzo 2015 prende parte al conflitto armato dello Yemen.

Il loro ruolo nella creazione della Cintura di sicurezza e delle Forze di élite ha ufficialmente l’obiettivo di combattere il terrorismo, dando la caccia ai membri di al-Qaeda nella Penisola araba e del gruppo denominatosi Stato islamico.

Tuttavia, molti degli arresti paiono basati su sospetti infondati o dovuti a vendette private.

Tra le persone prese di mira figurano infatti coloro che hanno espresso critiche nei confronti della coalizione a guida saudita e dell’operato delle forze di sicurezza appoggiate dagli Emirati, nonché leader locali, attivisti, giornalisti e simpatizzanti e militanti del partito al-Islah, sezione yemenita della Fratellanza musulmana.

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https://www.amnesty.it/report-yemen-torture-sparizioni/

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